Mon travail se construit dans la mise en mouvement du corps et de l'esprit. Dans une temporalité étirée où je prends le temps de faire et défaire pour refaire, où j’essaie, je rate, déchire et rate à nouveau, le geste précède la pensée.

Au royaume de la création, le bricolage saisit le visible et le transforme. A l'issu de ce cheminement, les images, telles des boomerangs nous mènent vers un ailleurs et nous ramènent vers le connu.

Les images, fixes, animées, récupérées, recyclées et inventées sont une matière première que je malmène. Les déplacements et les jeux d'écarts se produisent entre les images. À travers une déconstruction positive ma fabrique de l’image noue avec l’exotisme, le corps, la culture, une matérialité précaire et une fragilité. 

S’il est si difficile de définir sa création c'est aussi parce qu’elle définie notre rapport à autrui. Mon travail me rends solidaire au monde et le collage, le montage, les assemblages, les déplacements et les superpositions sont des manières de négocier avec le réel. 

"Comment retrouver le jeu d'autrefois? Comment réapprendre non pas simplement à déchiffrer ou à détourer les images qu'on nous impose, mais à en fabriquer de toutes sortes? Non pas seulement à faire d'autres films ou de meilleures photos, non pas simplement à retrouver le figuratif dans la peinture, mais à mettre les images en circulation, à les faire transiter, à les travestir, à les déformer, à les chauffer au rouge, à les glacer, à les démultiplier? Bannir l'ennui de l'Ecriture, lever les privilèges du signifiant, congédier le formalisme de la non-image, dégeler les contenus, et jouer, en toute science et tout plaisir, dans, avec, contre, les pouvoirs de l'image. "

Michel Foucault, La peinture photogénique [1975] dans Dits et écrits. Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2001, p.1578